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10-03-2022 | Latest News , Africa , Middle East

Yemen: Face à une situation de plus en plus critique pour la population, la communauté internationale démobilisée

Au Yémen, le déchaînement incessant de violence à Taïz, Marib, Al-Bayda, Hodeïda, Shabwa, Al-Jawf et Hajjah a contraint plus de 157 500 personnes à se déplacer sur la seule année 2021, venant grossir les rangs des 3,3 millions de personnes encore déplacées dans le pays. Dans ces régions, des milliers de familles vulnérables, entre autres en raison d’une situation économique fragile, n’ont pas d’autre choix que celui de rester sur place, exposées aux risques quotidiens qu’engendrent les lignes de front actives, notamment le manque d’accès, alarmant, à tous les services essentiels.

Les habitants de Taïz, la plus ancienne zone de combat du Yémen, paient un lourd tribut à ce conflit prolongé qui a débuté en 2015. La violence épuise la population qui n’a pas pu fuir. « Il y a toujours en bruit de fond le son des affrontements, des bombardements et des explosions. Les murs de la maison sont souvent la cible de tirs », raconte Majida, 40 ans, veuve et mère de trois enfants, qui vit dans le nord de la ville de Taïz. « Nous n’avons pas les moyens de quitter cette région pour louer un logement dans une zone plus sûre. Je n’ai pas d’autre choix que de rester et de vivre dans un état permanent de peur pour la sécurité de mes enfants », ajoute-t-elle.  

Dans un pays où l’insécurité alimentaire menace déjà plus de 16,2 millions de personnes, les besoins en alimentation et en eau sont dangereusement élevés à Taïz et dans d’autres régions environnantes fortement touchées par les violences incessantes. L’escalade du conflit en Ukraine va probablement encore réduire leur accès aux services essentiels, puisque cette situation va vraisemblablement entraîner une augmentation du prix des denrées alimentaires, en particulier des céréales, malgré l’augmentation du coût des carburants dans le monde. L’année dernière, suite à la flambée des prix des denrées alimentaires au Yémen, plus de la moitié du pays a eu besoin d’une aide pour se nourrir.

L’accès à d’autres services essentiels, notamment les soins de base, est en outre dangereusement limité dans ces zones et accéder aux établissements de santé est devenu un luxe. « Mes filles ont besoin d’un suivi médical régulier, c’est vital. Pour les emmener à l’hôpital le plus proche, je dois payer un supplément aux chauffeurs, sinon, ils refusent de venir dans notre quartier pour des raisons de sécurité », ajoute Majida. Au Yémen, sur une population totale de 30,5 millions d’habitants, 20,1 millions n’ont pas accès aux soins de santé de base et seulement 51 % des établissements de santé sont opérationnels.

Les affrontements et les bombardements incessants dans les quartiers situés sur les lignes de front de Taïz engendrent de nombreux problèmes de santé mentale parmi les habitants, en particulier les enfants. « Lorsque notre quartier est bombardé, nos enfants s’accrochent désespérément à nos habits et crient. Beaucoup de gens ont perdu la tête après sept années passées dans des zones où les affrontements et les bombardements se sont installés dans notre quotidien », explique Om Saeed, qui confie : « Notre plus grand espoir est d’obtenir un sac de farine et une couverture ».

La présence de mines terrestres et de munitions non explosées représente un danger considérable pour Yéménites, et la contamination par les armes est particulièrement élevée au niveau de la côte ouest du pays, à proximité du port stratégique d’Hodeïda, dans le gouvernorat de Taïz, et plus récemment aux alentours de Marib. Plus d’un million de mines terrestres et de munitions non explosées seraient dispersées à travers le pays, tuant et blessant chaque jour des civils.

Les besoins humanitaires dans le pays restent immenses et actuellement, deux tiers de la population en dépendent. « L’ampleur des besoins grandit à chaque instant. Aujourd’hui, 14,3 millions de personnes sont dans une situation de besoin urgent, soit 27 % de plus que l’année dernière », précise Katharina Ritz, cheffe de la délégation du CICR au Yémen.

À l’approche de la conférence internationale des donateurs pour le Yémen, les enjeux sont élevés et le CICR demande instamment à la communauté internationale d’intensifier sa réponse.

En 2021, la réunion à haut niveau des donateurs pour le Yémen a annoncé un objectif d’environ 1,7 milliard de dollars, soit moins que le montant total reçu au titre du plan d’intervention humanitaire de 2020, et un milliard de dollars de moins par rapport aux engagements formulés lors de la conférence de 2019.  Le CICR exhorte la communauté internationale à continuer de financer les acteurs humanitaires tels que le CICR pour pouvoir améliorer l’aide apportée aux Yéménites dans des domaines tels que l’alimentation, les soins de santé, l’eau potable et la protection.

« La situation humanitaire empire et réduire l’aide aura des conséquences sur la vie de millions de familles au Yémen. Une réduction supplémentaire des financements aura des effets directs sur les vies des personnes et sur notre capacité à leur fournir durablement une aide essentielle », déclare Katharina Ritz. 

Informations complémentaires :

Basheer Omar (Sanaa) balselwi@icrc.org +967 737889476 ou +967 771 480 412

Imene Trabelsi (Beyrouth) itrabelsi@icrc.org +961 3 138 353

Jason Straziuso (Genève) jstraziuso@icrc.org +41227302077

Notes à l’intention des rédactions

Le CICR au Yémen : faits et chiffres

  • En 2021, le CICR a fourni un soutien sous diverses formes à plus de 1 603 605 personnes.
  • 5 millions de personnes ont bénéficié des activités WatHab (eau et habitat) du CICR dans différentes régions du pays.
  • Le CICR fournit du matériel médical, des équipements et des médicaments à 48 hôpitaux, 3 centres de dialyse et 36 dispensaires de soins de santé primaires au Yémen.
  • Le CICR fournit un appui au traitement de dizaines de milliers de blessés de guerre chaque année, ainsi que des services à près de 54 000 personnes handicapées.
  • Le CICR soutient la formation de 10 étudiants (sur 3 ans) en appareillage prothétique et orthétique en partenariat avec l’Institut supérieur des Sciences de la santé, et il a fourni une bourse à 25 étudiants pour qu’ils puissent préparer une licence dans le domaine de XXX. En 2021, le CICR a aidé 17 mineurs à rejoindre les membres de leur famille.
  • Le CICR a effectué 31 visites dans 16 centres de détention à travers le pays pour garantir aux personnes détenues des conditions de vie adéquates, la possibilité de contacter leur famille et un traitement digne en permanence ; 20 000 personnes détenues ont été concernées par ces visites.

L’insécurité alimentaire au Yémen

  • Au bout de sept ans de conflit, qui s’accompagnent de l’épuisement des ressources financières et de l’épargne, de l’effondrement de l’économie, de taux d’inflation élevés et de la flambée du prix des produits de base, environ 20 millions de personnes se trouvent dans une situation d’insécurité alimentaire.
  • Le taux de malnutrition chez les femmes et les enfants au Yémen reste parmi les plus élevés au monde, avec 1,2 million de femmes enceintes ou allaitantes et 2,3 millions d’enfants de moins de cinq ans pris en charge pour malnutrition aiguë. 
  • 16,2 millions de personnes ont faim, parmi lesquelles environ 5 millions sont au bord de la famine et près de 50 000 se trouvent déjà dans une situation s’apparentant à la famine. On estime à 20 millions le nombre de personnes ne trouvant pas de quoi se nourrir au Yémen aujourd’hui ou n’en ayant pas les moyens, et à 3,2 millions le nombre d’enfants et de femmes souffrant de malnutrition aiguë.

 L’action du CICR sur la côte ouest du Yémen

  • Le CICR continue d’apporter un soutien à 6 établissements de santé, dont deux hôpitaux, auxquels elle fournit du matériel médical permettant de soigner les blessés de guerre.
  • Le CICR continue d’apporter un soutien aux infrastructures vitales dans certaines régions du gouvernorat de Taïz afin d’atténuer la souffrance des personnes touchées par le conflit prolongé.
  • Le CICR continue de distribuer de la nourriture, des articles non alimentaires et des espèces aux personnes touchées par le conflit prolongé dans le gouvernorat de Taïz.
  • Le CICR a fourni à la prison centrale de Taïz 20 000 litres d’eau par jour - 1 740 m3 en 2021 - dont 900 détenus ont bénéficié.
  • Le CICR continue de soutenir le centre de réhabilitation physique de Taïz en lui fournissant des articles de première nécessité et en mettant en place des mesures d’incitation à l’attention de son personnel.
  • Le CICR a ouvert un bureau à Al-Turbah, dans le gouvernorat de Taïz, pour se tenir à une proximité adéquate de la population touchée dans cette région.

 Récapitulatif

Titre : Yémen : sept ans de conflits/face à une situation de plus en plus critique pour la population, la communauté internationale démobilisée /La vie sur les lignes de front de Taïz

Lieu : Yémen, gouvernorat de Taïz

Durée : 7,11 minutes

Format : HD mp4

Producteur : Wagdi Almaqtari/ICRC

Cadreur : Taha Saleh

Langue de production : arabe

Date de tournage : du 20 au 26 février 2022

Droit d’auteur : CICR — libre de droits

Script

Début

Fin

Personne interviewée, lieu/lien

Transcription 

00

0,43

Taïz, tournage en extérieur : drone/paysage

00,44

1,00

Taïz, intérieur/Majida bobine B 

01:01

 

01:08

 

 

01:25

 

01:43

 

01:49

 

01:56

 

02:09

 

02:16

 

02:20

 

 

Extrait sonore : Majida

 

Lorsque les tirs commencent, on se réfugie dans le coin de la pièce encore en bon état.

Mes filles ont besoin d’un suivi médical périodique, c’est vital. Pour les emmener à l’hôpital le plus proche, je dois payer un supplément aux chauffeurs, sinon, ils refusent de venir dans notre quartier pour des raisons de sécurité.

On entend toujours les tirs de chez nous, et nous ne pouvons pas déménager, car je n’ai pas les moyens de payer un loyer ailleurs.

Il n’y a pas de services et rien à acheter ici, car la plupart des commerçants sont partis à cause du danger dans le quartier.

J’attends toujours mes filles dans la rue, en face de leur école, jusqu’à la sortie des classes pour pouvoir les ramener à la maison.

Le conflit a commencé quand ma fille avait deux ans et demi. Maintenant elle a neuf ans. Elle vit dans la terreur parce qu’elle entend sans cesse des tirs et des explosions.

Ma fille ne sait pas qu’il existe des endroits sûrs où il n’y a pas la guerre. Elle pense que le monde entier est en guerre.

J’aimerais que la guerre s’arrête pour qu’on puisse vivre en sécurité.

Pour que mes filles et moi ne devions pas nous inquiéter, que nous puissions sortir et nous sentir plus en sécurité.

2,26

2,42

Intérieur, bobine B/Majida et sa fille

2,43

3,14

Bobine B, général : vie quotidienne/maisons avec impacts de balles

3,16

3,50

Tirs extérieurs — Bobine B — Om Saeed : femme âgée ramassant du bois de chauffage

03:52

03:54

 

04:00

 

04:03

 

04:10

 

04:21

 

04:26

04:35

 

Extrait sonore :

Om Saeed

 

Nous risquons nos vies et des obus tombent toujours autour de nous.

La maison est constamment exposée aux balles et aux obus.

Nous vivons au rez-de-chaussée et nous nous cachons au sous-sol quand les bombardements s’intensifient (par peur de la chute d’un obus), même s’il y fait complètement sombre.

On essaie de les embrasser quand on entend des tirs. Même nous, les adultes, nous avons peur.

Beaucoup de gens ont perdu la tête après sept années passées dans des zones où les affrontements et les bombardements se sont installés dans notre quotidien. Beaucoup aussi reçoivent des soins pour des blessures causées par des obus.

Lorsque des obus s’abattent sur notre quartier, nos enfants s’accrochent désespérément à nos habits et crient.

Les prix alimentaires augmentent. Sans argent, vous mourez littéralement de faim.

J’aimerais obtenir un sac de farine pour les enfants et une couverture pour nous couvrir. Nous n’avons pas de couvertures.

4,45

5,07

Plan en intérieur — Bobine B — Om Saeed et son petit-fils

5,08

5,28

Plans — Bobine B — Ahmed et ses filles rentrées de l’école

05:28

 

05:36

 

05:49

 

06:00

 

06:11

 

06:25

 

 

06:40

 

06:51

 

Extrait sonore :

Om Ahmed

)

Les enfants vont à l’école et nous nous inquiétons pour eux, à cause des affrontements.

 Nous ne pouvons pas vivre à l’étage à cause des balles et des obus, et dans le quartier, tout le monde vit au sous-sol.

Les obus nous atteignent toujours. Nous voulions vivre en ville, mais le loyer est très élevé ici. Nous avons un sous-sol et c’est là que nous vivons à présent.

Pendant les affrontements, nous nous cachons derrière un mur jusqu’à ce que ça s’arrête.

Nous ne pouvons pas fournir tous les repas nécessaires. Généralement, nous ne pouvons procurer à notre famille que du thé et du pain. Parfois, nous avons une boîte de haricots.

Les prix sont très élevés. Si on achète des articles au marché, à cause des affrontements constants dans notre quartier, les chauffeurs ont peur de nous livrer et parfois, s’il y a des affrontements, ils laissent nos achats au milieu de la rue et s’en vont et c’est nous, avec nos enfants, qui devons les transporter.

Nous prions pour que la guerre s’arrête.

Nous espérons que la guerre va s’arrêter et que chaque personne déplacée rentrera chez elle.

7,00

7,11

Taïz, extérieur

Image prise depuis un drone

 

Duration : 7m 11s
Size : 529 MB
On Screen Credit: ICRC or logo

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