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17-12-2013 | Middle East

L'aide aux victimes de la traite des êtres humains au Yémen

Depuis le début de l’année, plus de 60 000 personnes en provenance de la Corne de l’Afrique ont rejoint le Yémen par la mer au terme d’un voyage périlleux, souvent dans l’espoir de gagner ensuite les États du Golfe. Ces migrants quittent leur pays à cause de la pauvreté, pensant trouver un travail ailleurs, mais nombre d’entre eux se retrouvent dans des camps clandestins aux mains des passeurs.

Chaque jour, des migrants meurent avant d’atteindre leur destination. D’autres sont arrêtés ; d’autres encore abandonnent et se présentent spontanément au centre de rétention pour migrants afin d’être renvoyés dans leur pays. Mais la procédure de rapatriement est souvent longue et les fonds destinés à financer les retours sont insuffisants, si bien que ces migrants se retrouvent dans une impasse, condamnés à une attente interminable.

Bashir Salissou est nigérian. Il n’a pas de passeport. Il est arrivé au centre il y a 15 mois et attend toujours d’être expulsé. Il nous raconte son arrestation et les conditions de son arrivée au centre. Manifestement épuisé, il nous explique sa situation dans un anglais laborieux :

« Ma femme m’appelle, en larmes. J’ai cinq enfants en bas âge, et pas d’argent pour l’école et la nourriture. Nous n’avons rien. Le gouvernement yéménite me dit que tant que je n’ai ni argent ni passeport, il ne peut pas me renvoyer au Nigéria. »

On ne sait pas exactement dans quelles conditions Bashir Salissou est arrivé au Yémen, mais de nombreux migrants détenus au centre ont subi des mauvais traitements aux mains des passeurs, qu’ils s’efforcent d’oublier. Alexander Grif, du CICR, nous en dit plus :

« La plupart des migrants qui arrivent ici souffrent de malnutrition, de déshydratation et sont en état de choc. Ils ont plusieurs mois de voyage derrière eux. Le Yémen est censé n’être qu’un pays de transit pour eux, mais ils se retrouvent piégés ici, tombent entre les mains des passeurs ou sont arrêtés. La plupart ont déjà subi des exactions – séquestration, extorsion, mauvais traitements – avant d’être transférés ici, au centre, où ils sont de nouveau soumis à des conditions inhumaines, contraints d’attendre des mois et des mois à cause de fréquents dysfonctionnements dans le dispositif d’expulsion censé leur permettre de rentrer chez eux. »

Ici, les conditions de vie sont extrêmement dures. Le centre accueille déjà deux fois plus de migrants qu’il n’est censé en héberger ; parfois même trois voire quatre fois plus, jusqu’à 900 personnes. Un migrant éthiopien se plaint auprès d’Alexander Grif : « Chaque fois qu’on se lave les mains ou qu’on utilise les toilettes, de l’eau coule jusqu’ici ,sur le sol, imprègne nos matelas et, quand il pleut, l’eau rentre aussi. »

Après plusieurs mois de voyage, n’en pouvant plus, il a campé deux mois durant devant le centre de rétention dans l’unique espoir d’y être admis pour être renvoyé chez lui. « Oui, je veux rentrer en Éthiopie. Depuis trois jours que je suis là, nous n’avons pas eu d’eau potable. C’est ici que nous dormons, que nous nous lavons et que nous passons tout notre temps. Quand il pleut, l’eau rentre. C’est pareil avec le vent. »

Les nouveaux arrivants sont parqués au sous-sol. « C’est dans cette pièce que les migrants sont conduits à leur arrivée, explique Alexander Grif. Ils y restent entre deux semaines et un mois avant d’être autorisés à rejoindre les autres, car la plupart d’entre eux veulent s’enfuir. C’est pourquoi ils sont maintenus dans cette pièce avant d’être autorisés à sortir ou d’être transférés dans une autre pièce. »

Le gouvernement yéménite a déclaré qu’il n’avait pas les moyens de prendre en charge les dizaines de milliers de migrants qui arrivent au Yémen chaque année. Il a déjà presque entièrement dépensé le budget alloué pour 2013 et pour 2014. « Les billets d’avion coûtent cher, explique le colonel Abdallah Ali Mohsen Al Razama, et il y a aussi la nourriture, l’eau et l’hébergement, notamment la fourniture de couvertures à cause du froid. Il nous faut plus de place, et aussi des véhicules pour transporter les gens, mais nous n’avons pas les ressources nécessaires. Il s’agit d’un problème humanitaire. Nous aimerions pouvoir faire davantage, car nous voulons à la fois aider les migrants et servir notre pays. »

Depuis le début de l’année 2013, le CICR et le Croissant-Rouge du Yémen ont fourni régulièrement des vivres et des articles d’hygiène à plus de 2 000 migrants pour tenter de faire en sorte que le traitement qui leur est réservé et leurs conditions de détention soient conformes aux normes internationales reconnues en la matière.

 « Le CICR travaille dans le centre de rétention depuis plus de 6 ans, et porte assistance aux migrants démunis, explique Alexander Grif. En principe, ce n’est pas notre rôle, mais face à la gravité de la situation humanitaire et à toutes ces souffrances, il était de notre devoir d’essayer d’améliorer les choses. Mais comme vous pouvez le voir, il reste encore beaucoup à faire ici. »

La migration au Yémen

  • D’après le HCR, plus de 80 000 migrants arrivent au Yémen chaque année, soit au total 420 000 au cours des 5 dernières années.
  • L’OIM estime qu’au Yémen plus de 25 000 Éthiopiens se trouvent toujours dans des camps clandestins aux mains des passeurs. 
  • 98 % des migrants détenus au centre de rétention de Sanaa sont des Éthiopiens. 
  • Chaque année, 25 000 migrants quittent le Yémen et retournent volontairement dans leur pays d’origine.


Activités du CICR au Centre de migration et de délivrance des passeports, Sanaa, Yémen

  • En 2013, le CICR a amélioré le système d’approvisionnement en eau du centre et construit un nouvel espace buanderie.
  • En 2013, le CICR a terminé l’aménagement d’une aire de jeux pour enfants dans le centre.
  • En 2014, le CICR réorientera ses activités dans le centre de rétention pour donner la priorité à la protection des migrants.
  • Dans le centre de rétention, le CICR travaille en coopération avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et Médecins sans frontières (MSF). Le médecin de l’OIM examine entre 40 et 60 patients par jour et traite en priorité les cas de diarrhées dues aux mauvaises conditions d’hygiène. Le psychologue de MSF reçoit 4 à 5 patients par jour ; les migrants souffrent souvent de troubles du sommeil car ils font des cauchemars sur les tortures que leur ont infligées les passeurs.

Informations complémentaires sur les activités du CICR au Yémen 

Dans le cadre des activités qu’il a menées au Yémen en 2012, le CICR a :

  • distribué des vivres à plus de 317 000 personnes, fourni des articles ménagers à 278 000 personnes et soutenu des activités génératrices de revenus qui ont bénéficié à 900 familles de rapatriés ;
  • assuré l’accès de près de 400 000 personnes à l’eau potable et livré de l’eau à 30 000 personnes par camion-citerne ;
  • soutenu quatre centres de réadaptation physique, permettant ainsi la prise en charge de 37 000 personnes handicapées, et formé 49 techniciens orthopédistes et physiothérapeutes ;
  • effectué des réparations et des travaux de rénovation dans plusieurs établissements de santé, fourni des médicaments et du matériel, et dépêché sur le terrain une équipe chirurgicale qui a formé du personnel et réalisé 70 opérations
  • visité près de 5 400 détenus et aidé des détenus de Guantanamo et d’Afghanistan à maintenir le contact avec leur famille

 

Liste des plans 

Lieu du tournage : Centre de migration et de délivrance des passeports, Sanaa, Yémen
Durée : 9’10
Format: Mov HD
Production : Marie-Claire Feghali & Nicola Fell
Prise de vue : Abdelrahman Al Ansi & Sami Mohammad
Montage : Nicola Fell
Son : arabe et anglais
Référence CICR : AV138N Yemen
Date de tournage : 26 novembre 2013

Droits: CICR – accès libre

0:00 Divers plans larges de Sanaa, Yémen

0:44 Plans extérieurs du Centre de migration et de délivrance des passeports, Sanaa, Yémen : jeune femme se tenant aux barreaux de la porte du centre, plan d’une petite fille regardant à travers les barreaux

1:02 Plans larges de la cour du Centre

1:59 Entretien entre Bashir Salissou et Alexander Grif, délégué du CICR

2:02 EXTRAIT SONORE : Bashir Salissou, un migrant nigérian (dans un anglais laborieux)
Question du délégué du CICR : « On vous a amené au centre immédiatement après votre arrestation ? »
"Oui. Je suis ici depuis 15 mois. Les gens, ici, mentent tout le temps – ils disent cette semaine, la semaine prochaine, dans deux semaines, le mois prochain... Je ne sais pas."

2:19 Peut-être qu’à partir de jeudi, l’ambassade saoudienne va m’appeler et m’envoyer mon passeport, peut-être cette semaine, ou la semaine prochaine. Je n’en sais rien.

2:30 Ma femme m’appelle, en larmes. Je veux qu’on m’aide à rentrer chez moi.

2:35 Ma femme pleure au téléphone. Je veux retourner chez moi.

2:35 Je veux retrouver ma famille. J’ai 5 enfants en bas âge mais mon problème c’est que je n’ai pas d’argent pour payer l’école, acheter de la nourriture, ou autre chose. Le gouvernement yéménite m’a dit : « vous n’avez ni argent ni passeport. Si vous trouvez de l’argent, on pourra vous aider à retourner au Nigéria. » Mais je n’ai pas d’argent.

2:57 Le délégué du CICR

3:02 File d’attente au moment de la distribution de savons

3:07 EXTRAIT SONORE : Alexander Grif, délégué du CICR chargé de la protection, Sanaa, Yémen (en anglais)
La plupart des migrants qui arrivent ici souffrent de malnutrition, de déshydratation et sont en état de choc. Ils ont quitté leur pays depuis plusieurs mois dans l’espoir de rejoindre l’Arabie saoudite ou d’autres pays de la région. Le Yémen est censé n’être qu’un pays de transit pour eux, mais ils se retrouvent piégés ici, tombent aux mains des passeurs ou sont arrêtés. La plupart ont déjà subi des exactions – séquestration, extorsion, mauvais traitements – avant d’être transférés ici, au centre, où ils sont de nouveau soumis à des conditions inhumaines, contraints d’attendre des mois et des mois à cause de fréquents dysfonctionnements dans le dispositif d’expulsion censé leur permettre de rentrer chez eux.

3:50 Alex en train de marcher

3:54 Divers plans de la pièce où dorment les migrants détenus au centre

4:15 EXTRAIT SONORE : Témoignage d’un migrant anonyme (en arabe)
« Chaque fois qu’on se lave les mains ou qu’on utilise les toilettes, de l’eau coule jusqu’ici ,sur le sol, imprègne nos matelas et, quand il pleut, l’eau rentre aussi. » 

4:34 Divers plans de la pièce où dorment les migrants détenus au centre

4:50 EXTRAIT SONORE : Témoignage d’un migrant anonyme (en arabe)
« Oui, je veux rentrer en Éthiopie. »

5:06 « Depuis trois jours que je suis là, nous n’avons pas eu d’eau potable. C’est ici que nous dormons, que nous nous lavons et que nous passons tout notre temps. Quand il pleut, l’eau rentre. C’est pareil avec le vent. »

5:25 Hommes derrière des barreaux

5:34 Le délégué du CICR pénètre au sous-sol

5:46 EXTRAIT SONORE : Alexander Grif, délégué du CICR chargé de la protection, Sanaa, Yémen (en anglais)
« C’est dans cette pièce que les migrants sont conduits à leur arrivée. Ils y restent entre deux semaines et un mois avant d’être autorisés à rejoindre les autres, car la plupart d’entre eux veulent s’enfuir. C’est pourquoi ils sont maintenus dans cette pièce avant d’être autorisés à sortir ou d’être transférés dans une autre pièce. »

6:10 Divers plans du sous-sol

6:30 Le délégué du CICR quitte le sous-sol et ferme la porte à clé

6:41 Gros plan d’un homme derrière des barreaux

6:51 EXTRAIT SONORE : Colonel Abdallah Ali Mohsen Al Razama, membre du gouvernement yéménite (en arabe)
« Les billets d’avion coûtent cher, et il y a aussi la nourriture, l’eau et l’hébergement, notamment la fourniture de couvertures à cause du froid. Il nous faut plus de place, et aussi des véhicules pour transporter les gens, mais nous n’avons pas les ressources nécessaires. Il s’agit d’un problème humanitaire. Nous aimerions pouvoir faire davantage, car nous voulons à la fois aider les migrants et servir notre pays. »

7:55 Divers plans de migrants recevant une ration de savon

8:17 EXTRAIT SONORE : Alexander Grif, délégué du CICR chargé de la protection, Sanaa, Yémen (en anglais)
« Le CICR travaille dans le centre de rétention depuis plus de 6 ans, et porte assistance aux migrants démunis. En principe, ce n’est pas notre rôle, mais face à la gravité de la situation humanitaire et à toutes ces souffrances, il était de notre devoir d’essayer d’améliorer les choses. Mais comme vous pouvez le voir, il reste encore beaucoup à faire ici. »

8:50 Plusieurs plans de femmes et d’enfants à l’intérieur du centre

9:10 FIN


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